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Comment la voiture électrique est en train de faire mentir ses détracteurs


Il convient de rappeler la désinformation sur le développement de la production de voitures électriques, en terme de demande des consommateurs, de rareté des métaux ou de performances des batteries.

17/09/2021

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En 2015, le taux de pénétration des voitures électriques était prévu à 4 % pour 2021 et 8 % pour 2030. Six ans plus tard, le chiffre de juillet 2021 est le triple des prévisions, à 13 % pour l'ensemble des trois marchés Europe-Chine-Etats-Unis, mais 20 % pour l'Europe.

Alors que 15.000 véhicules électriques furent vendus dans le monde en 2010, ils seront probablement proche de 6 millions en 2021, 37 millions en 2030, plus du double en 2040.

Des anticipations fausses et un complot anti-électrique 

Retour en 2015. Certains estimaient que les véhicules électriques à batterie (VEB) ne déplaceraient pas plus de 1 % de la consommation pétrolière, mais d'autres anticipaient qu'ils menaçaient toute la demande pétrolière consommée par l'automobile ; elle est estimée à 26 % de la demande en Europe. La tromperie, la falsification et le mensonge employés comme moyen légitime de parvenir à la réalisation d'objectifs font partie de l'histoire. C'est pourquoi des pro-pétrole inventaient et finançaient l'infox des « métaux rares » notamment par des publications, livres ou documentaires pour combattre la menace de la propulsion électrique sur la consommation pétrolière. 

Puisque le mensonge possède le grand avantage de savoir d'avance ce que le public souhaite entendre, ce complot insistait sur plusieurs éléments. 

Les « métaux rares » n'existent pas 

D'abord l'infox des « métaux rares » prévenait que les ressources minières souterraines seraient insuffisantes et entraveraient l'expansion de la voiture électrique. Il devenait alors nécessaire d'exploiter les réserves métalliques sous-marines, notamment les nodules de l'Océan Pacifique ou bien dans certains grands fonds des sulfures, encroûtements ou autres sédiments polymétalliques. En 2021, la folie de tels projets sous-marins saute aux yeux tant l'impact néfaste d'une telle exploitation sur la biodiversité sous-marine est encore très loin d'être connu, maîtrisé, donc souhaitable. De plus, les ressources souterraines en cobalt, nickel, platinoïdes, lanthanides, bauxite, minerai de fer, voire cuivre sont durables. Les métaux rares n'existent pas, c'était une infox anti-électrique. 

« Voiture verte, batterie rouge » 

Puisque le mensonge présente ce qui est attendu, l'infox des « métaux rares » insistait également sur le slogan « voiture verte, batterie rouge » et ignorait la substitution. En effet, en 2015, la mode était aux batteries fortement chargées en cobalt ; en 2020, le nickel était en vogue ; en 2021, l'emprise mortifère des prix de ces deux métaux et l'insécurité thermique des batteries fortement chargées en nickel propulsent les batteries LFP (Lithium-fer-phosphate) sans cobalt ni nickel, elles équipent plus d'une batterie sur deux en Chine ; demain les batteries LMNO (Lithium-manganese-nickel-oxide) et LMO (Lithium-manganese-oxide), fortement chargées en un métal abondant, le manganèse, équiperont 55 % des VEB, ne laissant au nickel qu'une part de marché d'environ 15 %. Cette substitution largement prévisible pour un esprit industriel, renverse les théories géopolitiques métalliques inspirées des guerres du pétrole et mises en œuvre par l'infox des « métaux rares ». En outre, le même complot anti-électrique affirmait que ces batteries n'étaient pas recyclables alors que l'économie circulaire à grande échelle des batteries existe, et les industriels se battent pour les recycler. Infirmons enfin une nouvelle fois une autre contrevérité : les batteries des VEB ne contiennent aucune terre rare. 

 

En dépit des statistiques initiales et d'un complot métallique, la voiture électrique a déjà séduit les consommateurs par son intelligence et abandonne derrière elle le stupide piège des « métaux rares ». Désormais, le travail des filières et des écosystèmes industriels ne fait que commencer pour répondre à un marché qui sera multiplié par un facteur 35 d'ici à 20 ans. 

Didier Julienne, Comment la voiture électrique est en train de faire mentir ses détracteurs14 sept. 2021, latribune.fr